Balade au bord de l'Escaut

canal de l'escaut

La première balade nous mène dans la campagne au bord de l’Escaut.

« Il s’appelait Antoine. Il était né en 1875. Il était robuste comme un chêne avec la volonté des gens qui savent leur chemin.

Ballade Antoine Robuste

Attaché à la terre, il aimait en prendre soin. Dès son plus jeune âge, il courrait dans les prairies chasser les lapins ou grimpait à la cime des arbres en espérant voir cette tour de fer parisienne qui touchait les nuages et dont tout le monde parlait dans le village. Il jouait à capturer les grenouilles dans les marées avec Louis, son cousin. Grand-Père Antoine était issu d’une famille modeste et ne pouvait se vanter d’avoir tous les jours un repas copieux. Il était pourtant rempli d’espoir, peu bavard et très optimiste. Sa phrase fétiche « quand on veut, on peut » en disait long sur son parcours. Il avait commencé à travailler dans les fermes locales et c’est dans celle du Noisetier, au bord de l’Escaut qu’il avait croisé le chemin de Marguerite.

Quand ils se sont mariés en 1895, il avait posé dans la corbeille de mariage l’intention de rendre leur vie meilleure et prospère. A force d’économies, de sacrifices et aussi de chances avec un pécule d’héritage, il avait acheté la ferme. Profondément enraciné, il n’a jamais cherché à traverser les océans ni à se faire une richesse dans l’industrie agro-alimentaire alors florissante. Il avait juste à cœur de développer sa petite activité au sein de la région avec les premières péniches qui débarquaient et sillonnaient l’Escaut jusqu’à Tournai, Gand et Anvers. Il avait les pieds ancrés sur sa terre Grand-Père Antoine et il avait le mal de mer. D’aussi loin que je me souvienne, il aimait faire plaisir à son entourage et ses amis lui rendaient bien, un roc au cœur tendre, dont je garde un souvenir tendre ».

C’est ainsi que Jean m’a parlé de son grand-père. Son souhait était que je reconstitue son parcours, que je retrouve les titres de propriété. Il se souvenait qu’assis dans un fauteuil usé, Antoine lui racontait les histoires de la ferme qu’il avait acheté à Pierre D. en 1900. Elle appartenait à cette famille depuis plusieurs générations. Il lui contait l’odeur des pommes entreposées dans le grenier, les châtaignes séchées dans le silo et les champignons qu’il cherchait dans les sous-bois avec Marguerite.

Jean enfant champ maïs

Je sentais l’émotion grandissante du petit fils qui souhaitait revivre ses moments délicats de son enfance. Il se souvenait du fournil de la ferme, des champs de blé et de l’ineffable odeur du pain cuit qu’il retrouvait encore parfois aujourd’hui. Il m’a demandé de lui offrir ce voyage vers son enfance.

A l’aide des matrices cadastrales, j’ai retrouvé dans les archives notariales le titre de propriété de la ferme. J’ai aussi retrouvé les terres qu’il avait achetées, en 1900, puis en 1905 et en 1906 pour agrandir la propriété. Il y cultivait des céréales, du blé et du maïs. J’ai retrouvé la trace des étables où étaient élevés le bétail, des vaches et des porcs principalement et une basse-cour, celle la même où il se souvient avoir passé des étés insolites.

Plus qu’un simple rapport ou une trace formalisée du passé, mon travail et mes recherches apportent aussi aux intéressés un sens et des réponses. Telle une ballade dans les émotions et les ressentis, j’aime apporter un détail, une date, un nom ou un lieu qui seront les déclencheurs d’un souvenir passé. Beaucoup de personnes, en venant vers moi,  cherchent à se connecter à leurs mémoires émotionnelles.

Au-delà de l’expertise et de la richesse de mon métier, c’est lorsqu’il m’arrive de percevoir une lueur brillante dans un regard que mon travail prend tout son sens.

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